(le mien) ou le mélange des genres avec le foot en fil rouge. Un peu comme ce blog...
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samedi 13 juillet 2013
LA CARTE ET LE TERRITOIRE - Michel HOUELLEBECQ
Autant l'avouer tout de suite : Houellebecq est mon écrivain français préféré! Il est l'un des rares à s'intéresser à des questions scientifiques, économiques, sociologiques, voire métaphysiques, c'est-à-dire tout simplement à voir plus loin que son nombril.
Autant le dire aussi : son chef-d'oeuvre, c'est Les particules élémentaires. Mais le reste de sa production est largement au dessus de la moyenne, y compris ce La carte et le territoire, "Houellebecq" sexless et sans provoc, paramétré pour obtenir le Goncourt que Les particules aurait dû remporter en leur temps.
Mais revenons à cette Carte... Dès le début, on se dit que Houellebecq fait du Houellebecq à fond, tout comme on peut se le dire de Tarantino dans certains de ses films.
Il cite des marques commerciales à tire-larigot et décrit des notices d'utilisation, il s'en donne aussi à cœur joie pour inventer des noms improbables d'entreprises de plomberie... Il cite aussi des people à gogo, poussant le vice jusqu'à se mettre en scène lui-même dans une sorte de mise en abyme où il ne se fait guère de cadeaux, et où il ne se ménagera vraiment pas!...
Puis il fait le tour d'une vieille (vraie?) France crépusculaire, qui s'efface en ce début des années 2010 dans une mondialisation où l'on ne parle que de chinois, de russes, de low cost et de multinationales.
Le personnage principal, un artiste graphique du nom de Jed Martin, inadapté et incapable de sentiments car orphelin de mère et élevé par un père s'étant donné entièrement à son cabinet d'architectes, mais qui a réussi à percer sans même le vouloir vraiment, est une sorte de clone de l'auteur lui-même, qui fait ainsi se côtoyer, voire s'apprécier, ses deux représentants, l'explicite et l'implicite.
Le Houellebecq de papier connaîtra son apothéose avec une fin quelque part plutôt artistique, mais dans la catégorie trash-gore, tandis que le "héros" mourra de sa belle mort dans une vingtaine d'année, en ayant raté l'amour sans que cela ne le tourmente le moins du monde, le plus important pour lui étant peut-être d'avoir pu échanger quelques phrases avec son père peu avant la mort de celui-ci. Au passage, il se sera permis un étonnant accès de violence gratuite et sans lendemain.
Dans ce roman, nous ferons également la connaissance d'un vieux flic, désabusé comme il se doit, qui porte aussi en lui quelque chose d'houellebecquien...
Un Houellebecq donc omniprésent, qui réussit à traiter dans cet ouvrage de la vie, la mort, la solitude, l'amour, l'art... et même le tourisme. A ce propos, l'auteur, souvent prophétique par le passé, nous rassure totalement : la France industrielle dont il décrit cliniquement la fin va réussir sa transition économique pour se reconvertir pleinement dans le tourisme... devenant même une destination phare dans le domaine du... tourisme sexuel! Sacré Houellebecq, va! ;-)
mercredi 19 juin 2013
L'ETE OU J'AI VECU SANS ALCOOL... OU PRESQUE.
Coucou, me revoilou! Aujourd'hui rubrique "développement personnel" à donf concernant le mental de footeux allemand que je me plais à croire avoir, mais qui a régulièrement besoin de petites piqûres de rappel...
Ces derniers jours, j'ai fait le plein de contrariétés en tous genres, dont une qui m'a particulièrement énervé car je me la suis moi-même créée... Et ma moitié en a remis une couche en me sonnant les cloches pour être si bête par moments... Objectivement, rien de bien grave, mais sur le principe, j'ai du mal à digérer quand je me manque... A un point que ça m'a réveillé la nuit, c'est dire...
Je suis alors allé prendre l'air sur le balcon, pour rafraîchir ma température interne et mes idées...
C'est alors que je me suis souvenu d'un passage d'un de mes livres cultes, pour ne pas dire de chevet pendant des années, l'excellentissime "Comment dominer le stress et les soucis" de Dale Carnegie, spécialiste es com et développement perso du milieu du siècle dernier, qui a aussi écrit le mondialement célèbre (en son temps) "Comment se faire des amis", guide au titre un peu ridicule, style "Dis, tu veux être mon ami?...", mais au contenu fabuleux si l'on s'intéresse aux relations humaines. Leurs références sont quelques peu datées, mais pas du tout obsolètes puisque l'humain ne changera jamais...
Dans "Comment dominer le stress et les soucis", il y a un passage expliquant que l'individu peut supporter des stresses énormes, mais que ce qui l'use et peut parfois le faire flancher, ce sont les multiples contrariétés du quotidien qui emplissent goutte à goutte son vase cérébral, jusqu'au trop plein.
L'auteur rapporte notamment le cas d'un américain, sous-marinier durant la seconde Guerre Mondiale, dont le bâtiment fut pris en chasse durant 15 heures infernales par un navire japonais le bombardant de grenades sous-marins comme s'il en pleuvait.
Allongé sur sa couchette car d'aucune utilité à ce moment-là, le militaire grelottait sous une couverture tandis que la température dépassait les 40°C et que s'entendaient le bruit sourd des explosions autour du submersible...
Il passa alors en revue les événements qui l'avaient contrarié ces dernières années, liés à l'argent, au travail, à la vie de couple, et les trouva bien fades alors que son sous-marin et sa vie pouvaient imploser à chaque seconde...
Il se jura que si par miracle il en réchappait, jamais plus il ne se ferait de soucis pour les pets de travers du quotidien... Promesse plus facile à dire qu'à tenir certes, vu que ceux-ci sont comme le flux et le reflux qui ronge la falaise, mais à ses dires il semble y être parvenu par la suite...
L'expérience est une lanterne qui n'éclaire que celui qui la porte... N'empêche qu'en calbar au clair de lune sur mon balcon, je me suis dit que ça ne servait à rien de m'autoflageller pour des broutilles. Ce qui est fait est fait. Mais puisque je continue à me ronger, la solution c'est de puiser dans cette énergie négative pour en sortir quelque chose de positif, pour compenser... Un peu comme une certaine puce Aura boostera le cortex d'un certain Fabien Caramel en 2028 dans un roman certainement intéressant...
Et donc, en guise de pénitence, moi qui m'était plusieurs fois dit qu'il serait bon pour mon corps entre deux âges de faire une abstinence (temporaire!) d'alcool pour le purger des toxines accumulées, c'est l'occasion de transformer ce vœu en acte!
Depuis 3 jours (on ne rit pas!), finis les 3-4 verres de vin du dîner, finie la p'tite binouze en rentrant du travail (sauf celle du vendredi, sacrée!), ou le petit digeo une fois la table débarrassée...
Je suis parti pour un été sans alcool, ou presque (faut pas exagérer : j'en boirai encore un peu en société, pour ne pas passer pour un alien!), et je suis plutôt content de moi pour avoir retrouvé ma paix intérieure en transformant un mal en un bien... pour le moment!
(Et en plus, ça me fait un post... ;-) )
mercredi 29 mai 2013
PLUS DURE SERA LA CHUTE - Budd SCHULBERG
Un titre qui aurait pu s'appliquer à l'OM au lendemain de la victoire en Coupe des Champions, ou à l'Equipe de France tombée si vite des cimes zidanesques aux abysses domenechales... Exemples qui confirment que si l'on descend avec l'ascenseur, on ne remonte qu'avec l'échelle... Mais ceci est une autre histoire.
"Plus dure sera la chute" est considéré comme l'un des plus grands romans jamais écrits sur le monde du sport. Je ne peux que me ranger à cette opinion.
Même si l'on ne s'intéresse guère au "noble art", on ne pourra qu'être sonné par ce roman "coup de poing!" sur la boxe écrit par un scénariste et écrivain américain manifestement bien informé.
Ce livre est paru en 1947, et pourtant il reste on ne peut plus moderne dans sa dénonciation des magouilles qui pourrissent le sport. Voire la société américaine.
Où comment un manager véreux met la main sur une bête de foire avec deux poings gauches dégotée au fin fond de l'Amérique du Sud et répondant au doux nom de Toro Molina. A la suite d'une série de matches tous arrangés, et avec l'aide d'un journaliste foireux qui réussit à le faire mousser aux yeux du public en le lui vendant comme un crack, il amène le cogneur d'opérette à disputer le titre de champion du monde des poids lourds.
Là, un événement malheureux va entraîner le naïf géant argentin, qui avait lui-même gobé toute cette mascarade jusqu'à ne plus se sentir pisser, vers une longue et terrible punition...
Ce roman a inspiré un film éponyme, avec le mythique Humphrey Bogart dans le rôle du journaleux. A priori, ce film, dernier de la carrière de "Bogie", est moins noir et cruel que le roman, ce qui atténue mon envie d'essayer de le voir...
dimanche 19 mai 2013
LE FOOTBALL EST UN SPORT QUI SE JOUE A 11...
Fritz Walter, capitaine des champions du monde allemands 1954. Déjà...
...et à la fin ce sont les allemands qui gagnent.
Tout footeux de salon digne de ce nom connait l'implacable adage de l'ex avant-centre anglais Gary Lineker.
Certes, ces dernières années, il était quelque peu tombé en désuétude.
Mais en France, cette phrase reste gravée au fer rouge dans les cerveaux... Les cruelles défaites de Saint-Etienne en finale 1976 contre le Bayern Munich (poteaux carrés et but discutable sur coup-franc) et celle de l'Equipe de France à Séville en 1982 contre la Mannshaft (agression de Schumacher sur Battiston, arbitre dépassé voire partisan, et défaite aux tirs aux buts), sans même parler de la rebelote de 1986 à Guadalajara (RAS pour une fois) ont traumatisé toute une génération.
Ces cicatrices béantes n'ont été cautérisées que le 26 mai 1993 (victoire de l'OM en Ligue des Champions contre Milan), et surtout le 12 juillet 1998 dans la soirée, après le troisième but contre le Brésil... Vous remarquerez qu'il n'y avait pas de teutons en short en face, sinon les vieux fantômes resurgissaient...
Le problème avec les allemands, c'est qu'on a souvent l'impression qu'on peut les battre... et qu'on perd toujours! Entre leurs poteaux qui attirent les tirs adverses, leurs défaites en phases de poules qui les placent ensuite dans la bonne partie de tableau, les arbitres qui ne les lèsent pas et leurs remontées au score improbables, souvent dans les dernières secondes d'une partie, là où ça brise le moral de l'adversaire pour le restant de sa carrière, à ce niveau-là ce n'est plus de la chance, c'est une marque de fabrique!
Alfredo Di Stefano, la star argentine du grand Real Madrid des années '50, disait : "Les buts ne se méritent pas, ils se marquent". Un allemand aurait pu le dire aussi.
Berti Vogts, le sélectionneur allemand des années '90 et champion du monde 1974, a dit un jour : "Celui qui travaille et s'obstine peut toujours compter sur la chance, à un moment ou à un autre".
Son compère Rainer Bonhof, l'un des plus terribles tireurs de coups de pied arrêtés, disait : "Je tire toujours mes pénalties en force, car à partir d'une certaine vitesse, l’œil humain ne perçoit plus les objets"...
Ce mélange de travail, d'obstination, de pragmatisme, de puissance, de cynisme et de confiance en soi n'a pas toujours donné un spectacle sexy, mais s'est révélé terriblement efficace sur la durée, avec l'un des trois plus beaux palmarès du foot mondial.
Un foot rigoureux et sûr de lui, bien à l'image de la nation européenne la plus compétitive.
Le foot est "La bagatelle la plus sérieuse du monde" (Christian Bromberger, essai publié en 1998).
Mais aussi : "Le foot est une parabole de la vie". C'est ce que, dans mon fameux roman, Fabien Caramel explique à Amandine Bereta ,qu'il réussit presque à intéresser...
Moi-même, j'ai été tellement fasciné par la force morale du football germanique que j'essaye de m'en inspirer dans la vie de tous les jours, car la vie est football, un match dans lequel, malgré l'adversité ou la malchance, il ne faut rien lâcher, rester concentré sur ses objectifs et se battre jusqu'à la dernière seconde des arrêts de jeu!
Ecrire un livre sérieusement (c'est-à-dire pas en faisant ça juste pendant les pauses repas avec un hot-dog dans l'autre main), puis essayer de le faire connaître sans relations mais avec obstination, parce-que l'on sait qu'on y a mis le meilleur de soi, mais aussi chercher un emploi, chercher sa moitié, quel que soit le but, la vie est une suite de matches liés les uns aux autres, et c'est cela le thème central de mon roman.
Un roman pile poil dans l'actualité, puisque samedi 25 mai aura lieu la finale de la Ligue des Champions entre le Bayern Munich et le Borussia Dortmund, la première finale 100 % allemande de l'épreuve-reine du foot de clubs européen.
On peut toujours rêver à un score identique à celui de la finale de la coupe d'Allemagne 2012, où le Borussia avait battu le Bayern 5 à 2, après l'avoir dominé aussi en championnat... Seul accroc de cette saison de rêve dortmundoise (?) : la double défaite en Ligue des Champions contre... l'OM (6-2 en cumulé).
De là à penser que l'OM a lui aussi l'étoffe d'un champion d'Europe, à quelques jours du vingtième anniversaire de son sacre européen, il y a un pas que même moi, pourtant marseillais pur jus, ne peut pas franchir... Faut pas rigoler, quand même...
Il y a quelques semaines, je lisais l'excellent "Thérapie" du non moins excellent écrivain anglais David Lodge, dans lequel un scénariste dépressif tout aussi anglais tient son journal durant l'année 1993.
A la date du 27 mai, j'ai eu l'agréable surprise de lire (p. 246) : "Je l'ai convié à venir assister à la deuxième mi-temps de la finale de la Coupe d'Europe entre le Milan AC et Marseille. Marseille a gagné un à zéro. Une belle partie, même s'il est difficile de se passionner pour un match où n'est pas impliqué un club britannique."
Ceci dit, je ne sais pas si on avait vu le même match... Il fallait vraiment être marseillais pour penser cela, car en finale, seule la victoire est belle... Demandez aux stéphanois...
Mais, en paraphrasant Gary Lineker, ce samedi on pourra dire : le foot est un sport qui se joue à 22 allemands, point barre!
...et à la fin ce sont les allemands qui gagnent.
Tout footeux de salon digne de ce nom connait l'implacable adage de l'ex avant-centre anglais Gary Lineker.
Certes, ces dernières années, il était quelque peu tombé en désuétude.
Mais en France, cette phrase reste gravée au fer rouge dans les cerveaux... Les cruelles défaites de Saint-Etienne en finale 1976 contre le Bayern Munich (poteaux carrés et but discutable sur coup-franc) et celle de l'Equipe de France à Séville en 1982 contre la Mannshaft (agression de Schumacher sur Battiston, arbitre dépassé voire partisan, et défaite aux tirs aux buts), sans même parler de la rebelote de 1986 à Guadalajara (RAS pour une fois) ont traumatisé toute une génération.
Ces cicatrices béantes n'ont été cautérisées que le 26 mai 1993 (victoire de l'OM en Ligue des Champions contre Milan), et surtout le 12 juillet 1998 dans la soirée, après le troisième but contre le Brésil... Vous remarquerez qu'il n'y avait pas de teutons en short en face, sinon les vieux fantômes resurgissaient...
Le problème avec les allemands, c'est qu'on a souvent l'impression qu'on peut les battre... et qu'on perd toujours! Entre leurs poteaux qui attirent les tirs adverses, leurs défaites en phases de poules qui les placent ensuite dans la bonne partie de tableau, les arbitres qui ne les lèsent pas et leurs remontées au score improbables, souvent dans les dernières secondes d'une partie, là où ça brise le moral de l'adversaire pour le restant de sa carrière, à ce niveau-là ce n'est plus de la chance, c'est une marque de fabrique!
Alfredo Di Stefano, la star argentine du grand Real Madrid des années '50, disait : "Les buts ne se méritent pas, ils se marquent". Un allemand aurait pu le dire aussi.
Berti Vogts, le sélectionneur allemand des années '90 et champion du monde 1974, a dit un jour : "Celui qui travaille et s'obstine peut toujours compter sur la chance, à un moment ou à un autre".
Son compère Rainer Bonhof, l'un des plus terribles tireurs de coups de pied arrêtés, disait : "Je tire toujours mes pénalties en force, car à partir d'une certaine vitesse, l’œil humain ne perçoit plus les objets"...
Ce mélange de travail, d'obstination, de pragmatisme, de puissance, de cynisme et de confiance en soi n'a pas toujours donné un spectacle sexy, mais s'est révélé terriblement efficace sur la durée, avec l'un des trois plus beaux palmarès du foot mondial.
Un foot rigoureux et sûr de lui, bien à l'image de la nation européenne la plus compétitive.
Le foot est "La bagatelle la plus sérieuse du monde" (Christian Bromberger, essai publié en 1998).
Mais aussi : "Le foot est une parabole de la vie". C'est ce que, dans mon fameux roman, Fabien Caramel explique à Amandine Bereta ,qu'il réussit presque à intéresser...
Moi-même, j'ai été tellement fasciné par la force morale du football germanique que j'essaye de m'en inspirer dans la vie de tous les jours, car la vie est football, un match dans lequel, malgré l'adversité ou la malchance, il ne faut rien lâcher, rester concentré sur ses objectifs et se battre jusqu'à la dernière seconde des arrêts de jeu!
Ecrire un livre sérieusement (c'est-à-dire pas en faisant ça juste pendant les pauses repas avec un hot-dog dans l'autre main), puis essayer de le faire connaître sans relations mais avec obstination, parce-que l'on sait qu'on y a mis le meilleur de soi, mais aussi chercher un emploi, chercher sa moitié, quel que soit le but, la vie est une suite de matches liés les uns aux autres, et c'est cela le thème central de mon roman.
Un roman pile poil dans l'actualité, puisque samedi 25 mai aura lieu la finale de la Ligue des Champions entre le Bayern Munich et le Borussia Dortmund, la première finale 100 % allemande de l'épreuve-reine du foot de clubs européen.
On peut toujours rêver à un score identique à celui de la finale de la coupe d'Allemagne 2012, où le Borussia avait battu le Bayern 5 à 2, après l'avoir dominé aussi en championnat... Seul accroc de cette saison de rêve dortmundoise (?) : la double défaite en Ligue des Champions contre... l'OM (6-2 en cumulé).
De là à penser que l'OM a lui aussi l'étoffe d'un champion d'Europe, à quelques jours du vingtième anniversaire de son sacre européen, il y a un pas que même moi, pourtant marseillais pur jus, ne peut pas franchir... Faut pas rigoler, quand même...
Il y a quelques semaines, je lisais l'excellent "Thérapie" du non moins excellent écrivain anglais David Lodge, dans lequel un scénariste dépressif tout aussi anglais tient son journal durant l'année 1993.
A la date du 27 mai, j'ai eu l'agréable surprise de lire (p. 246) : "Je l'ai convié à venir assister à la deuxième mi-temps de la finale de la Coupe d'Europe entre le Milan AC et Marseille. Marseille a gagné un à zéro. Une belle partie, même s'il est difficile de se passionner pour un match où n'est pas impliqué un club britannique."
Ceci dit, je ne sais pas si on avait vu le même match... Il fallait vraiment être marseillais pour penser cela, car en finale, seule la victoire est belle... Demandez aux stéphanois...
Mais, en paraphrasant Gary Lineker, ce samedi on pourra dire : le foot est un sport qui se joue à 22 allemands, point barre!
samedi 11 mai 2013
A PROPOS D'UN CERTAIN FOOTEUX ALLEMAND...
American tabloïd,
Servitude humaine,
Le pays du Dauphin vert,
L'Iliade...
J'avais tellement aimé ces livres, dont j'ai parlé précédemment, que je me suis débrouillé pour y faire allusion dans "Un mental de footballeur allemand"...
Ce fameux roman certainement intéressant d'anticipation, salade de genres ayant pour thème central la volonté et avec le foot en fil rouge, que vous en dire de plus?
Vous avez eu droit dans le post inaugural du 1er mars à la quatrième de couverture, ainsi qu'à la phrase censément la plus percutante de chaque personnage à la rubrique "Une réplique par tête de pipe"...
Vous avez pu assister à la présentation des personnages et à la mise en place du décor dans les épisodes I et II, représentant les 30 premières pages du roman...
Je ne vous avais pas précisé que ses 600 pages se divisent en 6 parties, qui sont :
- Partie de plaisir
- Partie d'échec
- Partie de billard
- Partie de chasse
- Partie gratuite
- Partie de jambes en l'air
Voila, c'est fait!
Après avoir passé quelques années à écrire puis à lire, relire, re-relire et faire relire le manuscrit jusqu'à fluidifier l'ensemble pour qu'il se lise tout seul, éviter les incohérences, et que le tout tienne la route, j'ai quitté la casquette d'écrivain pour celle d'éditeur.
Hé oui, quand on assume tout de A à Z pour que le livre existe physiquement, soit déposé puis diffusé, on est de fait un éditeur.
L'illustration de couverture est aussi de bibi... Même les mains qui tiennent le jerrican (un vieux machin tout rouillé trouvé au fond du garage de mes parents...) sont les miennes!
Autant dire que cet ouvrage est vraiment le fruit du travail d'un artisan passionné, juste aidé de deux potes éclairés mais intransigeants pour la relecture...
Et maintenant, nouvelle casquette : celle d'attaché de presse, pour faire savoir que cet ouvrage existe!
Loué soit le net, qui permet à un homme seul de se démultiplier ainsi pour tenter de faire son nid sur la toile! Par rapport à un écrivain d'il y a 20 ans seulement, je suis presque un cyborg! Ne reste plus qu'à supprimer bientôt l'interface du clavier et connecter directement mon bulbe rachidien au réseau par antenne WIFI pour gérer l'ensemble en permanence... Non, là ce serait un cauchemar... Le cauchemar de silicium!
"Un mental de footballeur allemand" commence à se faire connaître tranquillou...
Evidemment, si je pouvais bénéficier d'un buzz planétaire avec l'aide de la superbe Kim Kardashian caressant à titre gracieux son corps sculptural avec mon bouquin sur YouTube, cela le placerait illico sur orbite géostationnaire!
Faute de ça, je vais donc continuer à m'atteler à mon travail de fourmi pour tenter de percer, bien que mon bouquin ne se trouve pas en tête de gondole du rayon livres de chez Mammouth, ni qu'il ait été vu à la TV... Pour le moment? ;-)
Hé oui, quand on assume tout de A à Z pour que le livre existe physiquement, soit déposé puis diffusé, on est de fait un éditeur.
L'illustration de couverture est aussi de bibi... Même les mains qui tiennent le jerrican (un vieux machin tout rouillé trouvé au fond du garage de mes parents...) sont les miennes!
Autant dire que cet ouvrage est vraiment le fruit du travail d'un artisan passionné, juste aidé de deux potes éclairés mais intransigeants pour la relecture...
Et maintenant, nouvelle casquette : celle d'attaché de presse, pour faire savoir que cet ouvrage existe!
Loué soit le net, qui permet à un homme seul de se démultiplier ainsi pour tenter de faire son nid sur la toile! Par rapport à un écrivain d'il y a 20 ans seulement, je suis presque un cyborg! Ne reste plus qu'à supprimer bientôt l'interface du clavier et connecter directement mon bulbe rachidien au réseau par antenne WIFI pour gérer l'ensemble en permanence... Non, là ce serait un cauchemar... Le cauchemar de silicium!
"Un mental de footballeur allemand" commence à se faire connaître tranquillou...
Evidemment, si je pouvais bénéficier d'un buzz planétaire avec l'aide de la superbe Kim Kardashian caressant à titre gracieux son corps sculptural avec mon bouquin sur YouTube, cela le placerait illico sur orbite géostationnaire!
Faute de ça, je vais donc continuer à m'atteler à mon travail de fourmi pour tenter de percer, bien que mon bouquin ne se trouve pas en tête de gondole du rayon livres de chez Mammouth, ni qu'il ait été vu à la TV... Pour le moment? ;-)
vendredi 26 avril 2013
UN MENTAL DE FOOTBALLEUR ALLEMAND, c'est ça : Episode II (là ça devient "hot"...)
Assis sur le muret bordant l’entrée
souterraine du métro Vieux-Port, Fabien Caramel donnait dans la
contemplation. En cette mi-journée, sous cet agréable soleil
d’automne, il observait la surface de l’eau. Contempler l’onde,
même mazoutée, avait un effet apaisant sur lui. Dans cette
situation, il arrivait enfin à s’oublier.
Autour de lui, le quai des Belges était plutôt
calme. Le marché aux poissons venait de se terminer, les forains aux
stands remplis de gadgets essayaient de capter l’attention des
passants, et quelques touristes attendaient d’embarquer pour le
Château d’If ou le Frioul. Un homme, ayant posé quelques livres
d’occasion sur le muret, près de Fabien, lançait à intervalles
réguliers un homérique « Aaaallez, la lecture c’est
l’aventure ! »...
Fabien vit passer la femme délavée qu’il avait déjà remarquée deux ou trois fois parmi la foule de ce grand village qu’était l’hypercentre, « l’indienne », immanquable avec sa robe en daim à franges et son bandeau brun. Elle tenait un sac en papier kraft assorti à son ensemble.
A trente mètres au dessus de sa tête, deux gabians se coursaient en hurlant… Inspiré par le décor qui s’offrait à lui, son esprit se mit à vagabonder…
Jusqu’à la deuxième guerre mondiale, l’horizon d’ici était barré par une grande carcasse de métal, le pont transbordeur. Constitué de deux pylônes plantés de part et d’autre de l’entrée du port et reliés par un léger tablier, un plateau y était suspendu, qui permettait de se déplacer d’une rive à l’autre, comme sur un tapis volant au dessus des flots. Il avait été dynamité en 1944 par les allemands lors des combats pour la libération de Marseille, pour bloquer le port. Comme obstacle, on ne pouvait en effet rêver mieux…
Fabien s’était déjà demandé quelle impression on ressentait à l’époque en le voyant pour la première fois. Sûrement qu’il donnait un supplément d’âme à ce lieu, comme une porte ouvrant sur le monde, qui signifiait aux navigateurs qui appareillaient : « Maintenant que vous allez me franchir, tout peut vous arriver, le meilleur comme le pire ! » Cela devait vraiment être quelque chose, tous ces bateaux, certains encore à voile, sûrement, arrivant ou repartant vers des contrées lointaines. A terre, les dockers débarquaient ou embarquaient dans leur ventre une multitude de tonneaux. Ils étaient entreposés sur une chaussée formée de pavés. Il y avait peut-être aussi des chevaux pour les transporter, qui parfois, le corps couvert d’écume, se retrouvaient dans l’incapacité d’avancer à cause de charges trop lourdes. Sous les coups d’hommes au cœur dur comme les pavés, ils devaient alors se mettre à ruer en poussant des hennissements de douleur que personne n’entendait. Et pour cause… Tout autour d’eux, grouillant comme des fourmis, des hommes de couleurs et de langues différentes gagnaient leur salaire à la sueur de leur front. Le soir venu, ils iraient en dépenser une partie entre les cuisses des filles travaillant dans les ruelles proches…
« Ho ! jeune… Vous attendez quelqu’un ?… »
Sortant de sa rêvasserie, Fabien vit, bras croisés et visage amusé, son seul et vrai ami, Lucas.
« Ha, t’es là ? fit-il mollement.
— Je me demandais si tu allais finir par t’en rendre compte, lui répondit le grand brun à frisettes.
— Je réfléchissais…
— Comme d’habitude… Ça fait une minute que je suis planté à côté de toi…
— Tu vas pas t’y mettre toi aussi… » lui répondit Fabien avec un iota d’irritation.
Il se leva, et ils se firent la bise… Pour l’un comme pour l’autre, se revoir de temps à autre était indispensable pour se ressourcer. A qui peut-on en effet raconter sans être jugé ses problèmes et les conneries qu’on a faites, si ce n’est à son meilleur ami ?
Et comme Fabien, Lucas Fernandez en avait souvent gros sur la patate, et s’épanchait à l’occasion. Actuellement, cela n’allait d’ailleurs pas fort du tout pour lui, ni au point de vue professionnel, puisqu’il galérait quelque peu, ni au point de vue sentimental. Chloé, sa copine, n’était manifestement plus sous son charme.
C’était une fille d’avocat,
future avocate elle-même, qui rendait malade Lucas par sa
cyclothymie : « Je t’aime / Je t’aime plus… Je
t’aime / Je t’aime plus… » En l’occurrence, elle était
actuellement dans une phase « Je t’aime plus… » Du
moins jusqu’à la prochaine fois… peut-être. Mais la douche
écossaise étant ce qu’il y a de pire pour les nerfs, Lucas
confiait de plus en plus aux chichons le soin de soulager les siens.
D’ailleurs, lui et Fabien n’avaient pas parcouru cent mètres en
remontant une Canebière parsemée comme à l’habitude de papiers
gras et de déchets divers qu’ils durent entrer dans un tabac
curieusement nommé Au diplomate pour que Lucas puisse se
réapprovisionner, tandis que, plus haut, un véhicule électrique de
la police municipale se frayait un passage dans le trafic de toute la
puissance de sa sirène. Le gérant du magasin portait un splendide
pull en poils de chameau. Sous son comptoir, à l’abri des regards,
son amie Kalachnikov veillait sur lui…
« Deux paquets de Fortuna, et
une barrette de libanais, s’il vous plait, lui demanda Lucas.
— Il me reste seulement du
marocain, lui répondit l’homme en posant les deux paquets sur le
comptoir, sous l’œil d’une caméra de surveillance Panasonic.
— Non, j’aime pas le
transgénique… Bon, ça fait rien, je prends que les cigarettes. »
Dehors, il dit à Fabien : « Au
prochain tabac, faut que j’en achète… Quand j’ai pas de shit à
portée de main, j’ai toujours peur d’en manquer juste à ce
moment.
— Tu deviendrais pas un peu accroc
sur les bords, par hasard ?
— Mais non, c’est juste
psychologique, c’est tout…
— Justement…
— Merci de t’inquiéter, Papa,
mais ça va bien !
— Je m’inquiétais juste pour tes
petits neurones, c’est tout… C’est mon côté bon samaritain… »
Fabien eut justement l’occasion
d’exercer ses quelques dons d’écoute tandis que Lucas lui
parlait de ses dernières tribulations d’avec Chloé. Mais la
dernière fois que Lulu l’avait vue datait déjà de quinze
jours, ce qui n’était pas spécialement bon signe…
En chemin, toujours sur la Canebière,
ils croisèrent descendant d’un trolley ce petit noir barbu
abritant ses dreadlocks dans un bonnet démesuré aux couleur de la
Jamaïque, que Fabien avait déjà aperçu en ville.
« Décidément, aujourd’hui,
je tombe sur toutes les têtes connues… » dit-il à son pote.
Comme en écho à ses paroles, une
vision tout droit sortie de la Cour des miracles leur fit détourner
le regard, comme les fois précédentes d’ailleurs… Un jeune rom,
habitué des lieux depuis plusieurs mois, avançait au milieu des
passants en poussant son écuelle au cri de « Pardon monsieur
dame… » Il se déplaçait à quatre pattes, sur ses
avant-bras, et pour cause : les articulations de ses genoux
étaient inversées, ce qui le faisait ressembler à une chimère
arachnéo-humaine… Fabien sentit son estomac se nouer devant cet
Everest de la misère humaine…
Peu après, aux antipodes de cette
scène, dans l’ambiance légère du Scudetto, le restaurant
italien qu’ils avaient choisi, tandis que l’un s’affairait avec
sa quatre-saisons et l’autre avec sa pizza au dauphin, Lucas
s’enquit enfin de l’état de la relation entre son ami et
Amandine.
« Ça va à peu près,
répondit-il… Parfois on s’engueule… » (Ce que Lucas se
devait de comprendre par « Parfois elle m’engueule ! »).
« Mais dans l’ensemble, ça va, conclut-il sobrement. Et pour
le boulot, t’en es où ? demanda-t-il en se versant du rosé
du pichet.
— Justement, j’ai un entretien
demain, pour un poste de commercial à Aix… répondit Lucas en
montrant à la serveuse le petit brau d’eau déjà vide… Alors
aujourd’hui, c’est relâche… » Ce qui ne changeait guère
ses habitudes, pensa Fabien.
Après être sortis du restau, ils se
rendirent dans une salle de jeux vidéo. Après avoir tué quelques
dizaines de zombies en amuse-gueule, ils se mesurèrent en combat
aérien sur simulateur de vol gyroscopique… Lucas en sortit
vainqueur haut la main, avec trois victoires en trois combats. Fabien
regretta d’avoir choisi la configuration F39 Pitbull. Sur
certaines manœuvres, notamment les tonneaux, on pouvait tout de même
encaisser près de 2 g, et il jeta l’éponge dès qu’il sentit
les prémices d’un mal au cœur. Il n’aurait pas été de bon
goût de se vomir dessus une bouillie de pizza macérant dans du
rosé… Il posa le pied à terre, mais il était trop tard, la
réaction était déjà enclenchée… Il n’eut alors que le temps
de se presser aux toilettes pour tout rendre... Puis, après les
avoir quelque peu marquées de son empreinte, il fut temps de quitter
prestement ce lieu…
Un peu de randonnée urbaine fut
alors la bienvenue pour reprendre des couleurs. En chemin, un tag
mystérieux sur un platane les amusa… Un œil unique avec pour
légende : ZGÜLL
VOUS OBSERVE. Dans une rue
déserte, ils virent un troupeau de rats faire la teuf sur un
amas de poubelles, certains aussi gros que des chats castrés… Ils
changèrent de trottoir…
Plus loin, un clochard accroupi
feuilletant un exemplaire froissé du Figaro avait posé à côté
d’une petite assiette en plastique une pancarte précisant « svp
pour une villa a saint tropez »… Lucas contribua à
son projet à hauteur de 80 centimes.
Ils terminèrent l’après-midi dans
un bar encore désert en cette pré happy hour. Assis au comptoir,
Lucas testa une bière italienne pour accompagner son chichon, alors
que Fabien s’en tenait judicieusement à un Coca. Ils discutèrent
de l’OM. Ils discutèrent quelque peu avec la barmaid, vague
connaissance de Lucas. A l’un des commentaires de Fabien, la jeune
fille fit : « Pourquoi ? Vous avez quel âge ? ».
En réponse, il lui demanda combien elle lui donnait.
« Vingt-trois ? » hésita-t-elle. De la main, il lui
fit signe de monter son chiffre. Elle dut en donner trois autres pour
arriver à vingt-huit. « Vingt-huit et demi… » précisa
même magnanimement un Fabien Caramel flatté d’être ainsi pris
pour un jeunot.
Peu après cette microvictoire, les
deux potes prirent congé l’un de l’autre.
« Merde pour ton entretien, lui
souhaita Fabien. Cette fois, faut que ça marche !
— Je mange un rat si ça marche
pas ! » lui répondit Lucas avec une conviction certaine,
juste avant qu’ils ne se bisent.
De retour à la maison, le premier
geste de Fabien fut d’allumer l’écran plasmique. Il tomba sur un
clip de Palyss, la rappeuse, qu’il zappa au bout de quatre secondes
pour passer sur une chaîne d’info, tombant en pleine page de pub…
Il en profita pour aller directement aux toilettes. Il s’amusa
alors à faire le plus de bruit possible en urinant, pour tenter de
recouvrir les voix provenant du séjour, qui proposaient toutes des
objets synonymes de bonheur. Tout en se soulageant, il s’en mit
quelques gouttes sur les doigts, qu’il essuya sur son jean. Sans
s’être lavé les mains, il alla directement à la cuisine se
chercher à boire.
Le temps de revenir, un nouveau point
sur l’actualité débutait, avec bien sûr en ouverture les
événements de Disney World. Affalé sur le clic-clac, un verre de
jus de kiwi à la main, il trouva les images très télégéniques,
avec un immense brasier s’élevant du château de la Belle au bois
dormant, et surtout ces sauterelles si étonnantes qui semblaient
bondir hors de l’écran… comme si la 3 D n’avait été inventée
que pour elles… Sacrées bestioles… se dit-il.
Pour faire bonne mesure, il compatit sur le sort
des victimes. A l’écran, les secouristes s’occupaient des
blessés. Certains hurlaient. La vue de la tête de Minnie séparée
de son corps caoutchouteux, tous deux maculés du sang de l’homme
qui lui avait prêté vie, était particulièrement fascinante.
L’image revint aux insectes, et comme ce matin, le commentaire
conjecturait sur leur origine transgénique.
« Saletés d’OGM ! »
dit Fabien en secouant la tête de manière réprobatrice.
Puis, se rappelant les cafards
gambadant de temps à autre dans la cuisine, il pensa : J’espère
qu’ils vont pas goûter aux céréales d’Amandine…
Les infos suivantes étant nettement moins
croustillantes, il fit apparaître plusieurs fenêtres sur l’écran,
à la recherche d’un canal capable de prolonger sa léthargie
télévisuelle.Malgré ce déferlement d’images, le programme le plus intéressant arriva pourtant de la vraie fenêtre, celle qui donnait sur l’immeuble d’en face. Fabien tourna machinalement la tête lorsqu’il perçut du coin de l’œil l’apparition de la voisine dans l’encadrement. Elle avait ouvert la fenêtre, et s’appuyait négligemment sur le rebord, plongeant son regard vers la rue. En fait, tout plongeait, y compris et surtout sa poitrine sévère, particulièrement mise en valeur par un décolleté king size. Elle avait la quarantaine, cheveux clairs coupés très courts, et hormis ces considérations physiques, Fabien ne savait rien d’elle.
Il se leva et s’approcha de sa fenêtre, invisible derrière son rideau. Autant qu’il ait pu en juger, elle avait des horaires très irréguliers, voire était souvent absente pendant quelques jours. Qu’est-ce qu’elle peut bien foutre ? se demandait-il parfois. Quoi qu’il en soit, quand il était seul et qu’il l’apercevait, il ne pouvait s’empêcher de la mater. Il était d’autant plus intrigué que jamais il n’avait vu la moindre personne lui rendre visite. Elle vivait seule au sens littéral du mot. Pas de famille invitée, pas d’amie passant prendre un verre, et encore moins un homme pour la serrer dans ses bras. Et ce, depuis près de trois ans qu’elle habitait là. Avant de rencontrer Amandine, elle avait été son grand fantasme, et quelque part elle le restait. Fabien s’était souvent imaginé pétrir à pleines mains les seins hypnotiques de cette femme mystérieuse. C’était d’ailleurs ce à quoi il se laissait à nouveau aller… Poursuivant plus encore son rêve éveillé, il imagina la voisine pénétrant dans cette pièce, et relevant délicatement le haut pour découvrir cette poitrine irréelle, ces seins auxquels il aurait tant aimé s’abreuver… Elle dégrafa lentement son soutif (vu d’ici, du 95 C au bas mot). Déployant ainsi des obus felliniens qui narguaient toujours la gravité même sans soutien, il la vit s’agenouiller devant lui, défaire un à un les boutons de son jean, et le faire glisser le long des ses jambes maigres… Elle resta ainsi immobile de longues secondes… Puis soudain, en un geste vif elle lui baissa des deux mains son caleçon ! Yeux mi-clos, elle avança alors lentement son visage vers ce sexe qui bombait le torse… et enfin, enfin, tandis que Fabien se sentait aussi excité qu’une jeune femme à laquelle on aurait offert un bon d’achat de 10.000 € chez IKEA, slurp ! elle l’engloutit dans sa bouche merveilleuse et commença à…
« Bonsoir mon p’tit mari… lui dit Amandine d’une voix sans ressort.
— Amandine ??
— Qui veux-tu que ce soit ?
— Je t’ai pas…entendue entrer… bredouilla-t-il.
— Tu ne m’as pas l’air du tout dans ton état normal, Fabien… »
Pendant qu’elle le regardait avec insistance, il prit conscience de plusieurs choses :
a) La voisine se prélassait toujours à sa fenêtre.
b) Par sa seule présence, elle avait remonté sa pendule à midi.
c) Encore plus fort : pendant
qu’il était parti dans son trip, il s’était caressé et avait
machinalement déboutonné deux ou trois boutons de sa braguette au
passage…
d) Lui qui culpabilisait au quart de
tour, il était en train de faire la tête du petit garçon surpris
par maman dans sa chambre en train de feuilleter Penthouse.
Des perles de sueurs s’apprêtaient
déjà à apparaître... Face au danger, son cerveau reptilien lui
commanda de dire la première chose lui passant par la tête pour
faire diversion de ce délit pour lequel il s’était auto-inculpé.
« Toi aussi, tu m’as l’air
bien fatiguée, ma pauvre Amandine… Tu veux que je te dise ?
Tu es en train de te faire bouffer par ton boulot… Et ça, c’est
bon ni pour toi, ni pour moi… »
Il passa devant elle en courant d’air et sortit
de la pièce, comme s’il avait à faire, et se reboutonna dans la
cuisine en un tournemain. Ceci fait, il revint pour lancer à une
Amandine circonspecte : « Y’a pas que le boulot dans la
vie, merde ! Si on t’en file trop, refuse-le ! Tu te fais
manipuler comme une bleue… »
Question diversion, ce fut
particulièrement bien trouvé, car cette réplique eut le don, à
défaut du mérite, de mettre hors d’elle une Amandine Bereta déjà
passablement énervée par sa journée de travail à Entressen [entre
seins], la pire depuis bien longtemps, avec un sérieux accident pour
un ouvrier, entraînant un accrochage avec le contremaître, et pour
finir un appel de son chef voulant savoir pourquoi ça n’avançait
pas plus vite, et lui remettant une couche de pression pour faire
accélérer les choses.
« Non mais, je rêve !!
explosa Amandine en comprenant en cet instant toute la plénitude de
l’expression « les bras m’en tombent ! ».
Aujourd’hui j’ai eu une journée de merde comme jamais, et
Monsieur, bien au chaud toute la journée, se permet de me donner des
conseils sur ce que je devrais faire ?!
— Je suis…
— Tais-toi !… Tu ne me demandes
plus où je suis allé, ce que j’ai fait… Il n’y en a plus que
pour toi, toi, et toi !! Et en plus, maintenant tu me donnes
des conseils ?! »
Les larmes lui montèrent aux yeux
pendant que Fabien baissait les sien…
« Excuse-moi »,
murmura-t-il.
Il s’avança pour l’embrasser,
mais Amandine détourna la tête.
« J’ai vraiment pas envie. Je
suis épuisée, moi.
— Ecoute, c’était pour ton bien
que j’ai…
— Pour mon bien ? Arrête,
Fabien, tu aggraves ton cas… »
Il voulut essayer de se justifier,
expliquer que ce n’était pas ce qu’il avait voulu dire, et que
de toute façon, elle savait bien qu’il était un gaffeur né…
Finalement, aucun mot ne sortit, et
il préféra se diriger tête basse vers la fenêtre pour fermer ces
fichus volets, mais surtout ne plus croiser son regard.
Elle le coupa dans son élan en lui
disant : « Au fait… Tu ne fermes même plus ta
braguette, maintenant ? »
Décontenancé par sa remarque, il
trouva tout de même à lui répondre : « Ho, ça ?
Je suis sorti des chiottes juste avant que tu arrives, et j’ai mal
fermé le magasin. Tu sais comment je peux être distrait, des
fois… » fit-il en osant un léger sourire.
Celui-ci resta lettre morte. Au
contraire, ce fut à cet instant qu’il reçut le coup de grâce :
« Distrait, distrait… Je n’ai
pas envie de passer toute ma vie avec quelqu’un qui est toujours
dans la lune… » dit-elle avec des yeux rougis.
Fabien sentit un frisson glacé le
parcourir. Il resta pétrifié quelques instants, puis réussi à
prendre sur lui pour avancer vers elle. Il voulu la serrer dans ses
bras, mais elle le repoussa fortement en criant « Laisse-moi
tranquille ! », avant d’aller s’enfermer dans la salle
de bains.
Fabien, qui avait maintenant bien
débandé, chuchota, en esquissant un « Non » de la
tête : « Quel con je fais. J’en rate pas une… »
Puis il pensa : Ce soir, c’est pas gagné…
Après avoir ainsi illustré à ses
dépens le fait que les victimes nées se sentent toujours obligées
de donner le bâton pour se faire battre, il resta deux ou trois
minutes à regarder la porte close de la salle de bains, et ce n’est
que lorsqu’il entendit le bruit de la douche qu’il émergea de sa
léthargie. Il alla enfin fermer ces putains de volets, puis se
dirigea vers la cuisine pour y faire un rangement quelconque, et n’en
bougea pas. Au sortir de sa douche, Amandine se réfugia dans la
chambre. Ils purent ainsi s’éviter, et surtout éviter que la
moindre étincelle ne remette le feu aux poudres.
Ha ! Si ! Il se croisèrent quelques
secondes lorsque Amandine vint chercher son yaourt aux algues
quotidien, avant de ressortir aussitôt sans mot dire.
Ce qu’il n’avait pas pu lui dire
par des mots ou des gestes, Fabien décida alors de l’exprimer par
la cuisine, en préparant avec le plus d’amour possible sa
spécialité : les pâtes au roquefort. Dédicacées à Rita !
Lorsque cela fut fait, il alla la
chercher dans la chambre pour lui annoncer que le repas était prêt.
Allongée en travers du lit, elle feuilletait un magazine et répondit
qu’elle n’avait pas faim sans même lever la tête vers lui. Il
insista, et elle finit par venir, à contrecœur.
Le dîner se déroula comme prévu
dans une ambiance pesante, et les paroles échangées le furent avec
parcimonie et sans chaleur.
Fabien, le nez dans son assiette,
n’osait pas parler, craignant que le moindre mot fut mal
interprété. Mieux valait laisser les choses se tasser
d’elles-mêmes. Quand le match est difficile, d’abord chercher
à préserver le 0-0… se coacha-t-il. Comme Amandine se
contentait de manger en regardant d’un œil distrait les images
défilant sur l’écran, ce fut leur repas le plus silencieux depuis
longtemps.
Tout comme il avait préparé le
repas et mis la table, il se leva pour la débarrasser avec le zèle
de celui qui veut se faire pardonner… Passant derrière Amandine,
il l’embrassa furtivement sur la tête au passage.
Immédiatement, elle se leva elle
aussi, le rattrapa, et lui enserra le visage de ses mains. Elle
l’attira alors vers elle et, levée sur la pointe de ses petits
pieds, le harponna de sa langue.
Surpris par tant d’intensité,
Fabien faillit en lâcher l’un des verres.
« C’est si bon quand on se
réconcilie, remarqua Rita avec son sourire d’ange.
— C’est sûr », répondit
béatement Fabien, qui ne perdait pas le nord pour autant, puisqu’il
se débarrassa aussitôt de tout ce qui lui encombrait les mains. Il
put ainsi enlacer Rita tout à son aise. Il noya son visage dans sa
longue chevelure brune, douce comme de la soie, et huma intensément
sa fraîcheur. Puis il la fit basculer délicatement sur le canapé.
Elle enleva alors son pantalon, tandis qu’il lui massait les seins
à travers son tricot. Ils étaient plus petits que ceux de la
voisine, forcément, mais de jolie forme et agréablement
tendus en cet instant. Rita défit alors les boutons du jean de son
homme, le poussa sur le dos, extirpa son sexe bien éveillé et
s’empala dessus avec autorité. Puis elle se coucha sur lui, après
que l’hormone du plaisir — franchement moins connue sous son nom
de lulibérine — ait été libérée dans leur cerveau (respectif).
Ils restèrent ainsi quelques minutes
l’un sur l’autre, sans rien dire. Puis Amandine interrompit ce
défilé d’anges qui passaient…
« Pourquoi est-ce qu’il faut
toujours qu’on se dispute ?
— … Parce qu’on est vraiment
deux extrêmes, répondit Fabien après plusieurs secondes de
réflexion. Des comme nous ensemble, il faut vraiment le voir pour le
croire… Si on le racontait à des gens qui nous connaissent pas,
ils le croiraient pas.
— Même si des fois ça fait des
étincelles, c’est vrai que c’est ça qui nous a attiré l’un
vers l’autre…
— Oui, c’est exactement ça »,
mentit-il, sachant très bien que si cela avait été une autre fille
pas trop moche qui s’était intéressée à lui, le résultat
aurait été le même. Mais il ne pouvait tout de même pas lui
avouer que quand on est timide, on prend ce qu’on trouve.
En l’occurrence, il avait eu de la
chance en tombant sur elle, car Amandine, en dépit de sa dent
parfois dure, était par ailleurs on ne peut plus charmante.
Un an qu’il étaient ensemble.
Quinze mois, pour être précis. Il gardait de leur rencontre un
souvenir idyllique. Et si l’on revoit à l’instant de sa mort les
principaux moments de sa vie, nul doute que celui-ci serait conservé
dans les pages de ce power point terminal.
D’habitude, il n’allait jamais
seul dans les bars, à cause donc de sa timidité qui l’empêchait
de socialiser, comme disent les anglais. Lier connaissance avec des
inconnus lui était quasiment impossible. Mais c’était surtout
avec les inconnues que cela portait préjudice, évidemment… Mais
ce samedi soir-là, seul dans son appartement, il était vraiment en
pleine déconfiture morale. Lucas pas là, à l’idée de passer
encore un énième week-end sans parler à personne, il se sentait
autant à plat que la batterie d’une voiture restée sans rouler
durant tout l’hiver… Il avait compté qu’entre le moment où il
avait quitté le boulot tout à l’heure, et celui où il
reprendrait, mardi matin, il s’écoulerait quelque chose comme
soixante-trois heures. Soixante-trois heures où il ne causerait
peut-être à personne d’autre qu’à la caissière de Casino
durant huit secondes au mieux… De telles statistiques avaient
contre toute attente fini par faire sauter l’antivol qui le
bloquait constamment, et il s’était subitement décidé à aller
prendre un verre dans le pub situé sur le Vieux-Port, le O’Malley’s.
Quand il entra, tout de jean pourrave
vêtu, soit sa tenue de camouflage pour la jungle urbaine, l’endroit
commençait à se remplir. Fabien se dirigea vers le comptoir, et s’y
accouda, l’air décontracté. Au dessus de lui était suspendue une
écharpe de Chelsea. Il commanda une blanche pression, et la sirota
le plus lentement possible en suivant vaguement le vieux film diffusé
sur les pléthoriques écrans du lieu. Il s’agissait d’un film
d’horreur, Alien, le premier, le vrai. Rien à voir avec
Virgins for Alien, sorti il y a quelques mois avec la
Sigourney Weaver numérique : une vraie daube intergalactique !
Oublié au milieu des gens, il
commençait à se sentir à l’aise. Personne ne le calculait, mais
personne ne le montrait non plus du doigt en se foutant de sa gueule
sous prétexte qu’il n’avait pas d’amis.
A un moment, il eut la bonne surprise
de voir qu’une fille avait pris place près de lui. Sans avoir
l’air d’y toucher, il s’intéressa à elle. Elle commanda une
Guinness, puis se tourna vers un écran lorsqu’elle fut servie.
Fabien la trouva immédiatement à son goût, avec ses longs cheveux,
ses formes troublantes et… sa petite taille. Lui qui n’était pas
bien grand avait ainsi l’impression de pouvoir mieux tenir son rôle
de mâle dominant.
Pendant qu’elle savourait sa bière,
portant et reportant le verre à ses épaisses lèvres pour en avaler
de fines gorgées, Fabien se torturait l’esprit pour trouver un
moyen pas trop téléphoné d’engager la conversation. Il voulait
lui dire quelque chose d’original, bien sûr, mais en même temps
de suffisamment neutre pour ne pas sembler la draguer trop
ouvertement, se disant qu’une fille pareille devaient voir défiler
des escadrons de mecs se présentant la queue sous le bras, jusqu’à
en faire une allergie. Aussi, les « Vous venez souvent ici ? »,
« On s’est pas déjà vu ? » et autre « Tu
as une clope ? » lui semblaient à proscrire sous peine de
grillade...
Au bout d’une dizaine de minutes
d’intense cogitation, il en était toujours à chercher La
réplique, celle qui fait tomber les murailles les plus solides à
son seul énoncé...
C’est alors que, ne quittant pas le
film des yeux, et d’une voix claire émergeant au milieu du tumulte
ambiant, la fille dit en hochant la tête en direction de Sigourney
alias Ripley, qui tenait un lance-flamme et prenait les
affaires en mains à bord du cargo spatial Nostromo :
« Elle en a du courage… Moi, je ne sais vraiment pas si je
serais capable de me lancer à la poursuite d’un monstre pareil
dans des couloirs si sombres… »
Machinalement, Fabien
répondit : « Moi, je crois que je jetterais mon
flingue par terre, que je m’assiérais contre un mur, et que je me
mettrais à pleurer le visage dans les mains… »
Elle tourna le sien vers lui et le
regarda pendant plusieurs secondes, manifestement surprise. Puis elle
éclata de rire. Un rire chaleureux, qui lui fit des plis sous les
yeux. Fabien adora immédiatement ce regard...
Si ça vous a VRAIMENT plu, la suite en achetant le bouquin (600 pages : c'est rentable ! ;-) ), et ainsi m'encourager à en faire un autre...
vendredi 19 avril 2013
UN MENTAL DE FOOTBALLEUR ALLEMAND, c'est ça : Episode I
Les hologrammes de l’équipière du mois, installés sur la
droite de chacune des deux entrées de l’hyper fast-food, accueillaient les
clients avec un grand sourire aguicheur bien accordé avec cette nouvelle tenue
rouge translucide portée par le personnel féminin. Casquette avec le « M » doré sur le devant,
diamant en plastique dans un nombril dévoilé par une brassière, microjupe à
boutons jaunes sur le côté et escarpins à talons carrés, ce mirage magnétisait
les regards de tous les mâles franchissant la porte.
Sans vouloir trop y
voir de malice, et bien que ce fut une distinction mixte, c’était
systématiquement une (jolie) fille qui décrochait ce titre et se retrouvait,
que cela lui plaise ou non d’ailleurs, ainsi exhibée pendant un mois en 3D et
en photons.Par contre, les deux vigiles à oreillette en costume sombre se tenant non loin étaient quant à eux tout en chair et en muscles.
Ce qui attirait ensuite l’attention était la décoration. Supposée symboliser une alimentation saine, elle comportait des côtes de bœuf, des tournesols, des épis de maïs et autres tomates et concombres en plastique accrochés aux murs, ainsi que des gousses d’ail en téflon suspendues au plafond. Un vrai petit potager synthétique, avec des chants d’oiseaux en fond sonore. Des chants qui étaient plus devinés qu’entendus, à cause du brouhaha produit par ces vingtaines de personnes attablées qui parlaient, mastiquaient et buvaient, le tout en même temps semblait-il. Dans quelques minutes, dans le grand turn-over du samedi soir elles seraient remplacées par d’autres vingtaines de personnes qui, pour l’instant, faisaient la queue aux caisses.
Sur des écrans, des publicités étaient diffusées en boucle. On pouvait y voir pêle-mêle la bande-annonce de la Palme d’Or du dernier festival de Cannes, Mouettes mécaniques, d’Eric Cantona, suivie d’une pub pour une crème censée augmenter la taille du pénis en trois semaines, Pinocchia, illustrée avec force images avant/après.
Mais dans le tourbillon de voix et de bruit engendré par le rush, personne n’y prêtait attention. Et encore moins la fille qui parlait. Le garçon, lui, l’écoutait. Puis ce fut leur tour de passer commande à la caisse numéro 7.
Rita prit un menu Mad Green (algaburger et frites à l’huile d’olive), avec un Coca light. Fabien, lui, commanda un Mad Bug (assortiment aux six insectes), un dolphinburger, une grande bière et un grand milk-shit.
Tandis que Rita sortait son portable pour régler, Fabien fut frappé par l’immense expression de lassitude qui transparut un instant sur le visage du garçon face à eux. Avec sa casquette et son uniforme rouges, on aurait dit un vieux pompiste desséché par le soleil, comme dans un vieux film américain. Celui-ci se ressaisit en donnant le ticket de caisse à Rita, et arbora à nouveau l’expression avenante qu’il avait quelques secondes plus tôt. Et oui, même ces deux-là pouvaient être des inspecteurs de la boîte, et ils n’auraient aucun scrupule pour signaler tout manquement à la règle numéro 1 : « On a le sourire jusqu’au dos, car on est équipiers chez Mado ! » Ce ne fut donc qu’à demi rassuré qu’il les regarda s’éloigner…
Ils s’assirent à
l’une des rares tables libres, et commencèrent à ingurgiter. Entre deux
bouchées, Fabien cachait mal un sourire béat. La compagnie de Rita le plongeait
dans une douce euphorie… Après une semaine de travail ennuyeuse, et surtout
cette longue et pénible journée de samedi jusqu’à 19 heures, la savoir enfin à
lui le rendait simplement heureux. Avec elle, il avait vraiment la sensation de
vivre, même lorsqu’ils ne faisaient rien d’extraordinaire. Elle transformait la
grisaille en lumière par sa seule présence. C’était son p’tit catalyseur à lui,
Rita !
A vrai dire, elle s’appelait Amandine, mais son troisième prénom était
Marguerite, comme sa grand-mère. Et comme Rita est le diminutif de Margarita…
En fait, Fabien ne l’appelait pas trop souvent ainsi pour ne pas finir par
l’énerver. Mais dans sa tête, c’était par ce prénom qu’il pensait à elle la
plupart du temps. Il trouvait vraiment que ça sonnait trop bien ! Un jour,
il l’avait faite rire en lui disant avoir lu que Sainte Rita était la patronne
des putes et des cas désespérés… Enfin, elle avait surtout ri jaune. Comme la
fois aussi où il lui avait dit qu’Amandine était un prénom à la noix… Il ne
fallait pas trop la titiller, Amandine, parce que sinon… C’était une sacrée
drôlesse, et elle pouvait devenir méchamment cassante quand elle s’y mettait.
Alors Fabien, sachant comme elle fonctionnait, tournait (lorsqu’il y pensait)
sept fois plutôt qu’une sa langue dans sa bouche avant de lui parler. Et si,
malgré cela, il se recevait une pique glaciale en retour, il se disait
laconiquement que c’était parce que là, il était tombé par erreur sur Amandine.
Par contre, quand elle lui faisait son grand sourire qui lui donnait des plis
sous les yeux, là c’était sa Rita !« A quoi tu rêves, encore ?! lui demanda Amandine. Tu as encore mis ton écran de veille ?
— Hein ? De quoi ?
— Je vois bien que tu m’écoutes pas. Ça m’énerve quand tu fais l’autiste comme ça…
— Ça doit être les grains de pavots, pirouetta Fabien en montrant son burger. J’ai l’impression qu’ils sont plus concentrés que d’habitude…
— Tu parles… Ça m’énerve quand tu regardes par-dessus mon épaule, dans le vide… Je sais jamais à quoi tu penses…
— Je te l’ai déjà expliqué… C’est vrai que je décroche facilement… mais je ne suis jamais loin. Même si j’ai le regard dans le vague, j’ai le radar de veille qui fonctionne. Et s’il y a un mot qui fait tilt, hop ! là je reviens tout de suite dans la conversation !
— Tu es en train de m’avouer que tu n’en as rien à faire de ce que je te raconte, c’est ça ?
— Mmmh… fit Fabien en touchant machinalement sa nuque. C’est pas ce que je voulais dire, tu le sais bien… Pour me faire pardonner, tu finis mon dolphin ? lui proposa-t-il pour changer de sujet, sachant très bien que ce genre de burger la révoltait.
— Beurk !! Comment peux-tu manger ça ?… Pauvres bêtes… Un de ces jours, j’arriverai à te faire arrêter.
— Avec tout ce qu’il y a dans la viande de synthèse, je préfère encore manger ça.
— Parce que les dauphins, tu crois qu’ils les nourrissent seulement avec des petits poissons bien naturels, peut-être ?
— Bof ! Faut bien manger quelque chose, de toute façon… » fit-il avant de terminer son hachis de dauphin. Une fois celui-ci recouvert d’une couche de zenifiant milk-shit dans son estomac, il demanda :
« Bon, on va se le voir, ce film ?
— On y va ! répondit Amandine en se levant.
— On va voir quoi, au fait ?
— On a dit qu’on allait voir Le divorce du Jedi !
— Mais il est nul, ce film…
— Tout à l’heure, on était d’accord !
— Oui, mais… C’est le douzième épisode de la série, et là je sens que ça sombre vraiment dans le ridicule...
— Ecoute, Fabien, j'ai plus envie de discuter, OK? Alors, on fait comme on a dit ! »
Sur ce, son plateau dans les mains, elle se dirigea vers la poubelle la plus proche sans attendre de réponse.
« OK, OK, sus au Prado 5 D… » marmonna-t-il.
Il se leva et la rejoignit.
« Didine…
— Quoi encore ?! fit-elle en se retournant.
— Je t'aime… lui dit-il en inclinant légèrement la tête sur le côté.
— Moi aussi je t'aime », répondit-elle, un peu surprise. L'instant d'après, elle lui souriait.
« J'aime bien quand tes yeux sont plissés comme ça, Rita… »
Il posa son plateau et l'embrassa, la bouche encore tapissée de particules de cétacés…
Elle habitait dans la Grand Rue, à deux pas de la Pépinière, le plus grand et le plus célèbre parc de la ville, endroit habituel des balades familiales du dimanche après-midi.
Mais en cette matinée de Noël, après avoir fait le tour dudit parc et admis qu’effectivement, la place Stanislas « c’est beau… », Christophe avait eu envie d’une grande promenade dans une campagne contrastant tellement avec la Provence.
« On fera ça demain, d’accord ?… », lui répondit malheureusement Nathalie…
Fabien ayant été laissé chez Mamie, qui avait promis de leur préparer
pour le soir une grande spécialité lorraine, les roubignoles de bœuf —
« Ha ? Heu, super… », avait répondu son beau-fils —, ils
partirent donc mari et femme au petit matin du 26 décembre.
« Ça va nous aider à digérer toute la mirabelle qu’on a bue hier
soir, estima Christophe en conduisant. Ça, c’est vraiment du plaisir liquide…
Au fait, Nat, si tu peux demander à ta mère de nous en trouver trois ou quatre
bouteilles… Mais de la vraie, fabriquée maison, hein ! Ces mirabelliers,
c’est la plus belle invention de la Lorraine, je crois… Après toi, bien
sûr… »Malheureusement, et alors qu’au vu des circonstances ils venaient juste de rebrousser chemin, ce ne fut pas un petit mirabellier mais un énorme conifère qui s’abattit sur le pare-brise de leur Clio lors de cette tempête du millénaire qui traversa la France ce « Boxing Day »-là, et dont la Lorraine fut l’une des régions les plus touchées. Les dernières paroles de Christophe Caramel furent : « Putaing !! C’est la folie !! C’est pire que le mistral ! »
Bien des années plus tard, Fabien avait rencontré quelques-unes des
personnes ayant connu ses parents, pour collecter leurs souvenirs et essayer
ainsi de les connaître par procuration. Il en ressortait que Christophe et
Nathalie avaient manifestement été aimés, et ce n’était pas seulement des
paroles de circonstance... Entendre cela avait avivé sa peine, mais il le
fallait…
Et s’il devait ne garder qu’une anecdote les concernant, ce serait celle
entendue de la bouche d’une amie de sa mère. Car peu de temps après sa
naissance, au cours d’un repas entre collègues consolidés, Chris avait
raconté les conditions de la conception de Fabien, sous les
« Chut ! » faussement courroucés de Nat… Ils se
trouvaient en vacances à Paris lors de la finale de la Coupe du monde de foot
’98, « Celle gagnée par la France contre le Brésil », crut bon de
leur préciser la narratrice. Après la nuit de folie qui s’en était suivie sur
les Champs, ils n’étaient rentrés qu’au petit matin à leur hôtel, situé près de
la gare de Lyon. Bien sûr, ils s’étaient plus où moins perdus… Passant par
Bastille, et après avoir apprécié à leur juste valeur les artistiques filets de
corde permettant à un opéra de plusieurs centaines de millions de francs de
tenir debout, ils avaient tout d’un coup trouvé (surtout Christophe, à vrai
dire) particulièrement excitant d’escalader la grille d’accès au Viaduc des
Arts, cette ancienne voie ferrée transformée en promenade aérienne, histoire de
« faire encore un tour avant de se coucher »… Et c’est finalement là,
en ce lieu (bien) nommé la Coulée Verte, enchanteur le jour mais plutôt
flippant la nuit à moins d’être bourré, entre ciel et terre mais surtout entre
deux arbustes, que le petit Fabien fut conçu. C’est du moins ce que son père,
fou de foot en bon marseillais qu’il était, se plut à croire durant les
quelques mois qu’il partagea avec son fils. D’ailleurs, il lui donna le même
prénom qu’un certain chauve champion du monde ce soir-là. Et voila comment
on en vient à se coltiner un prénom désuet pour le restant de ses jours… réalisa
Fabien… D’autres parents avaient cependant eu la même idée, puisque la
« courbe des Fabien » soubresauta jusqu’à l’année suivante…
Si Fabien Caramel fut
sans doute conçu à Paris, Amandine Bereta était quant à elle une vraie
parisienne. Enfin, si l’on pouvait appeler ainsi les gens dont les parents
étaient venus dans la capitale pour y gagner leur vie, et qui s’y étaient
finalement installés pour de bon (en zone 3, du moins…). Mais elle finit un
jour par en avoir vraiment assez des métros bondés, des loyers hors de prix, du
stress et de la pollution, qui se traduisait d’ailleurs par de l’eczéma sur son
beau visage. Et à la différence de ces milliers de Parisiens qui crachaient
continuellement sur leur ville en jurant qu’ils s’installeraient bientôt en
« province » mais ne le feraient jamais, elle ne cracha sur rien ni
personne et partit un jour. Vers le sud. A Marseille. Où elle retrouva
d’ailleurs toutes les plaies urbaines qu’elle tentait de fuir… Enfin, les mêmes,
mais juste en pire… Mais avec un ciel littéralement d’azur en prime (les jours
de mistral). Et c’est donc dans cette ville à nulle autre pareille, la seule
peut-être que l’on pouvait adorer et haïr en même temps, que vivait un certain
Fabien Caramel.
Et celui-ci ayant une
anecdote si croustillante sur son lieu de conception à raconter à une fille
venant de la capitale, il n’était pas si étonnant qu’une étincelle se soit
produite entre eux lors de leur rencontre…
En ce lundi matin, lorsque le 5
de 6:45 remplaça le 4 de 6:44,
la radio se déclencha dans la chambre à coucher des Caramel-Bereta…
« …ont ravagé hier le célèbre parc de loisirs situé en Floride.
Ces sauterelles géantes, dont certaines mesuraient plus de soixante-dix
centimètres de long, sont par ailleurs insensibles aux insecticides
habituellement utilisés. L’US Air Force a donc dû intervenir pour disperser les
nuées. Malheureusement, les dégâts qu’elle a par là même infligés au parc sont
énormes, notamment à cause de l’utilisation de roquettes au napalm. Il
semblerait que ce soit l’odeur intense de pop-corn régnant sur le lieu qui ait
attiré les sauterelles, mais la direction du parc se refuse à confirmer cette
infor…— C’est dingue, marmonna Amandine, les yeux encore clos.
— Mmmmhhhhhhhhhh, émit Fabien, la tête en partie sous l’oreiller et réveillé en plein rêve. Réminiscence du ciné de samedi soir, il était dans la peau de Bjorn Skywalker échappant de justesse à la guillotine-laser…
— … ne déplore fort heureusement que trois victimes, dont Minnie, décapitée par l’aile d’un des insectes…
— Ils pourraient nous épargner ce genre de détail, commenta Amandine en ouvrant les yeux.
— Z’informent, c’est tout, lui répondit mollement Fabien.
— … d’après le professeur Michael D. Dould, le chercheur qui le premier avait découvert l’existence de ces insectes hypertrophiés, ils ne sont pas apparus spontanément. Leurs générations précédentes ont subi des changements morphologiques allant dans le sens d’une taille et d’une résistance aux insecticides croissantes. Ces changements, qui ont été favorisés par la pression sélective de leur milieu, auraient été induits par la consommation prolongée de maïs génétiquement modifié. Voilà ce que l’on pou…
— Evidemment ! fit Amandine en se levant. C’est encore à cause de ça… C’est la Nature qui se retourne contre nous. Un jour, il arrivera quelque chose d’irréparable, et alors on aura l’air malin…
— Mmh mmh… » approuva Fabien en passant de la position ventrale à la dorsale, tandis qu’Amandine se dirigeait vers la salle de bain. Il en profita pour zapper France Info en appuyant au hasard sur l’une des autres stations présélectionnées. Il tomba sur Roswell FM, une fréquence techno, ce qui lui convint pour un réveil plus en douceur, et décida alors de se lever. Enfin, dans cinq minutes… Quand son érection matinale se serait estompée…
Ils se retrouvèrent peu après dans la cuisine pour le petit déjeuner. Alors qu’elle allait se verser des céréales, Amandine se ravisa.
« Non, après réflexion, pas de céréales ce matin… Plutôt de la confiture. Ça m’a coupé l’envie, leur truc…
— De toute façon, le transgénique, depuis le temps qu’on en mange… intervint un Fabien maintenant éveillé. Et de tout façon, y’en a dans tout, alors…
— C’est ça le problème ! On n’a pas le choix.
— Tu vois pas que tu te mettes à muter, toi aussi ? Imagine qu’il te pousse une queue, là… fit-il en lui posa la main sur le bas du dos…
— Décidément, pour toi, toutes les occasions sont bonnes, nota Rita.
— N’est-ce pas ? répondit-il en la frictionnant doucement…
— Bon, c’est pas tout ça, mais faut que j’y aille, là… »
Il ne la laissa pas partir sans le patin du matin. Puis Amandine se leva, finit de se préparer, et prit la direction de la porte.
« A ce soir, mon chéri ! lui lança-t-elle de manière très affectée, sur un ton signifiant « ça sonne faux, mais c’est fait exprès ».
— A ce soir, ma chérie ! » lui répondit-il en prenant la même intonation.
Elle sortit. Il la suivit sur le pallier.
« Rita ! fit-il.
— Quoi ? » demanda-t-elle en se retournant
Pour toute réponse, il l’embrassa relativement sauvagement.
Lorsque la porte de l’ascenseur se referma sur Amandine, Fabien repartit… se coucher. Le lundi était son jour de repos, et il serait volontiers resté au lit tandis qu’elle se levait. Mais il avait vite compris qu’elle était très sensible à ce type d’attention. Alors, il se levait avec elle… pour se recoucher à son départ.
Alors que Fabien savourait son oreiller, Amandine gara sa 208 sur le
parking de Recycl’Age, la société où elle travaillait et qui s’occupait
d’environnement. Lorsqu’elle coupa le contact de son véhicule, elle poussa un
indéniable soupir. Bien sûr qu’elle était fière de son poste d’ingénieure dans
cette boîte. Bien sûr qu’elle appréciait ses responsabilités et une certaine
marge de manœuvre. Sans parler de la partie technique de son métier, la
réhabilitation de sites pollués, qui lui donnait l’impression d’être vraiment
utile. Il n’empêche…
Moins de deux ans après son arrivée ici, et malgré le fait qu’elle eut
toujours placé le travail très haut dans sa hiérarchie des valeurs, elle
éprouvait ces derniers temps de la lassitude. Pas tant à cause de son emploi
lui-même que de tout ce qui l’entourait, en premier lieu les interminables
embouteillages qui finissaient par user les plus motivés. Ici, dans la ville de
la voiture-reine, on ne se serait vraiment pas cru en pleine crise de
l’énergie. Les marseillais foutaient vraiment n’importe quoi dans leur
réservoir, pourvu que ça tourne ! En tant que maître d’œuvre, Amandine
devait de plus gérer des déplacements à la fois longs et fréquents, de
nombreuses réunions avec des élus ou des industriels, et des relations parfois
tendues avec les sous-traitants pour le respect des cahiers des charges, sans
compter les délais dépassés. Des questions professionnelles qu’elle ne pouvait
s’empêcher de transformer en problèmes personnels. Enfin, au moins pouvait-elle
maintenant considérer comme un mauvais souvenir ses premiers déplacements sur
les chantiers, quand certains ouvriers basiques ne cachaient pas leur sourire
en coin à la vue de cette petite minette venant superviser leur travail.
Quelques recadrages plus tard, la situation était en main, et ce n’était pas là
la moindre de ses fiertés.A vrai dire, le fait d’avoir effectué ses trois dernières années de lycée dans l’établissement militaire de Saint-Cyr l’Ecole, inscrite contre son gré par un père adjudant qui voulait la voir faire une carrière d’officier supérieur hors de portée pour lui, ne l’avait pas desservie sur ce point… Elle avait même manifestement très bien intégré la devise de l’école : « Je vaux ce que je veux ».
Ce n’est pas le DRH de Recycl’Age, le ventripotent Monsieur Pepponet, qui aurait dit le contraire. Homme de l’ancienne école, et parité où pas, il ne l’avait reçue deux ans plus tôt que pour avoir le quota réglementaire de postulants féminins, en se disant aussi qu’il prendrait du plaisir à mettre sur le grill cette parisienne. Peut-être arriverait-il même à la faire pleurer, sous couvert de rapprocher l’entretien des conditions du réel… Il comptait bien faire comprendre à cette ingénieuse qu’elle s’était trompée d’adresse, et que ce n’était pas un travail de bonne femme qui était proposé. Surtout quand on est haute comme trois pommes… C’était justement ce qu’il ne fallait pas laisser entendre. Car dès qu’elle sentait des relents de sexisme ou des moqueries sur sa taille, Amandine sortait de ses gongs. Manque de bol pour Monsieur Pepponet, il cumulait les deux !
Elle lui répliqua alors, en le pointant du doigt : « Vous humiliez les gens derrière votre bureau, là… Mais j’aimerais bien vous voir sur le terrain, en train de vous étaler au milieu des ordures ! Vous feriez moins le malin avec votre beau costume recouvert de merde !… Et avec un clou rouillé planté dans vos si chères parties !! » ajouta-t-elle en se levant, avec une température de –30°C dans la voix. Fabien aurait pu confirmer que quand elle s’y mettait, elle pouvait devenir bien plus froide que l’iceberg qui coula le Titanic…
Paradoxalement, Monsieur Pepponet, qui mettait son alliance dans sa poche lorsqu’il devait rencontrer des jeunes filles, se montra favorablement impressionné par pareille répartie, et alors qu’Amandine lui tournait déjà les talons de ses boots, il décida sur-le-champ que cette petite brunette énervée était le candidat idéal pour le poste à poigne proposé.
Puis, longtemps après, il conserva tout au fond de son esprit le souvenir de cet instant où il fut agressé par cette femme qui en avait, ainsi que la frissonnante sensation de vulnérabilité que cela lui procura. De fil en aiguille, cet incident ouvrit par la suite de nouvelles perspectives à son ennuyeuse vie privée… Il serait d’ailleurs retrouvé trois ans plus tard dans un caniveau, pieds et poings liés, nu avec une cagoule de cuir lui enveloppant totalement le visage. Mort étouffé… Quand on est asthmatique, il y a manifestement des jeux auxquels il vaut mieux éviter de jouer.
Alors que Fabien se (re)levait à peine, Amandine se trouvait à une
soixantaine de kilomètres de lui. Elle était au « beau » milieu de ce
qui avait longtemps constitué la plus grande décharge d’Europe, située dans la
Crau, partie du département où les bergers faisaient paître leur troupeau quand
il y avait encore des bergers.
Cette région est recouverte d’un immense désert de galets. Parfois, on
peut avoir la chance d’en trouver un présentant la trace d’une érosion
éolienne. Le bombardement des grains de sable pendant des millénaires a créé
une pente plane d’un côté, alors que l’autre, protégé du vent, conserve son
bombement naturel. Pour qui sait lire ce genre de détails, la Terre se révèle
être le plus passionnant des romans.Bien loin de cette poésie naturelle, Entressen (prononcer [entre seins]), puisque tel était le nom de cette verrue purulente engendrée par la société de consommation, avait reçu pendant un siècle les déchets des marseillais à coup de convois ferroviaires quotidiens, flux nauséabond s’en venant cacher ce que personne ne voulait voir derrière chez lui.
Lors de son « âge d’or », la décharge donnait la vision surréaliste de bulldozers flottant sur un océan de déchets et de sacs en plastique et entourés par des nuées de mouettes.
Depuis sa fermeture, elle était « réhabilitée ». Les hommes tentaient de masquer ce pustule monstrueux en le recouvrant d’argile, de géomembranes, et même de végétaux. Mais tel un volcan éteint, un pareil titan n’était jamais totalement endormi, et pouvait se réveiller à tout moment. Et c’est ce qu’il avait fait quelques semaines plus tôt, en permettant à des infiltrations d’eaux pluvieuses de le traverser en un hideux accouplement enfantant une pollution de la nappe phréatique.
Colmater les fuites et ramener la situation à la normale, ça c’était un travail pour Cap’tain Planète ! En l’occurrence Amandine et son équipe…
La petite rue où il habitait était perpendiculaire au boulevard Longchamp, en haut de la Canebière. C’était un quartier assez proche du centre-ville, mais paisible et tranquille, dominé par un palais construit au XIXème pour célébrer l’arrivée de l’eau des Alpes à Marseille. Ainsi, les marseillais avaient-ils toujours la meilleure eau de France… tout du moins tant que le dernier des glaciers n’aurait pas succombé à l’ultime coup de chaud…
Guère soucieux de cette échéance, Fabien se dirigea vers la station de métro « Réformés », passant près d’un employé municipal en train de nettoyer le caniveau par la méthode locale dite du « geyser »…
Suite à l'épisode II le 26 avril :
http://jamie-cumindor.blogspot.fr/2013/04/un-mental-de-footballeur-allemand-cest_26.html
samedi 6 avril 2013
L'ILIADE - Homère
L'un des monuments de la littérature mondiale... Dans le top 3, assurément!
Ce livre a plus qu'un souffle épique, il est parcouru par le vent de l'Aventure!
Et pourtant... moi qui avait quand même déjà lu quelques caddies de bouquins dans ma vie jusque-là, je ne l'ai découvert qu'il y a quelques années.
Je l'avais dans ma bibli, acheté pour quelques drachmes à quelque foire aux livres organisée pour une noble cause, mais impossible de dépasser la première page... Rien à faire, je n'accrochais pas à ce bouquin écrit entièrement en vers!
Et puis un jour, l'attrait pour cette histoire mythique fut le plus fort... et ce fut un enchantement! Ce mélange de guerriers aux belles jambières, de femmes aux allures de déesses et de dieux pas forcément meilleurs que des humains m'a estomaqué!
Sans oublier, surtout, la fascination exercée par cette mère de toutes les guerres, plus prenante encore que la guerre du Golfe sur CNN...
Je ne vais pas réinventer l'eau tiède à propos de ce livre fondateur de l'occident, et encore moins vous sortir le super commentaire de texte attendu depuis 27 siècles, mais seulement vous faire part de deux anecdotes.
Dans ce chef-d'oeuvre absolu, figure au chant XXII une scène que je trouve digne d'un Tex Avery : Achille course Hector le temps de faire trois fois le tour des remparts de Troie, les deux guerriers maintenant un écart constant entre eux durant ce 10 000 mètres de l'âge de bronze, ce qui renforce l'effet comique involontaire... Peut-être que l'aède du collectif "Homère" qui fut le premier à chanter cette scène avait un peu trop abusé du vin résiné ce soir-là...
Et puis, au fur et à mesure que je me rapprochais de la fin et que les Troyens tenaient toujours le choc, je me disais quelque chose comme : "Putain il est fort, Homère... il reste plus que trente pages et il n'a pas encore parlé du Cheval! Il a réussi à condenser le sac de Troie dans les dernières pages... La fin va être terrible!"
Evidemment, je ne pouvais pas deviner que cette apothéose ne serait pas traitée dans cet ouvrage, mais seulement comme un flash-back dans l'Odyssée... dont je vous causerai peut-être dans un prochain post...
Ladite Odyssée n'étant techniquement qu'un spin-off de l'Iliade, si l'on y réfléchit bien... Tout comme l'Enéide, d'ailleurs, celui-là véritable produit marketing de la culture romaine...
samedi 30 mars 2013
LE PAYS DU DAUPHIN VERT - Elizabeth GOUDGE
Un pitch énorme, dans tous les sens du terme, pour ce roman de 800 pages paru en 1936, summun de la romancière anglaise Elizabeth Goudge!
Jugez plutôt :
Au XIXème, un jeune anglais, établi par suite de menues tribulations en Nouvelle-Zélande, trouve après une bonne journée de travail le courage de demander par mail (sans le e- !) la main de celle qu'il aime depuis son enfance, l'avenante Marguerite, qui vit toujours sur son île anglo-normande avec sa soeur, la pas trop sexy mais autoritaire Marianne, toutes deux également raides dingues de lui depuis des années...
Considéré comme un déserteur par la Royal Navy à la suite d'une embrouille en Asie, il ne risque donc pas de remettre de sitôt les pieds en Albion, et se met au vert ad vitam aeternam aux antipodes. Là, il demande donc à l'élue de son coeur de faire le grand saut pour vivre avec lui au pays du long nuage blanc...
Mais alors là le William, murgé comme une poire, ou plutôt comme un coing, voire un co(i)n(g), lui pas fut' fut' qui s'est souvent mélangé les pinceaux avec les prénoms de ses deux copines, va évidemment récidiver tandis qu'il rédige ce qui n'est rien moins que le courrier le plus important de sa vie...
Sa tête lorsqu'il voit un jour débarquer au pays des kiwis une Marianne folle de joie qui a bravé les éléments pour le rejoindre, et avec laquelle, gentleman oblige, il va devoir passer le restant de ses jours, tandis qu'il laisse au pays un coeur aimé imploser de chagrin...
Je ne vous en dis pas plus sur ce roman prétendument tiré d'une histoire vraie... sinon que les aventures et la quête de rédemption des trois personnages principaux après ce big-bang qui a bouleversé leurs vies est un grand moment de littérature, empreint de poésie et de spiritualité...
samedi 23 mars 2013
SERVITUDE HUMAINE - Somerset MAUGHAM
Celui-là, je mets ma main au congèl' que vous ne le trouverez pas au rayon livres de Mammouth! Moi-même, je n'ai réussi à le trouver qu'à la... bibliothèque. Merci au service public!
Mais revenons à nos moutons britanniques...
Vous vous souvenez des paroles de cette chanson de Souchon ?
"Comme dans les nouvelles pour dames
de Somerset Maugham..."
Je ne connais pas lesdites nouvelles de cet auteur au prénom qui déchire, mais après avoir lu son "Servitude humaine", roman publié en 1915, je me dis que les dames en question du début du siècle dernier étaient manifestement coriaces sous leurs dentelles... Car ça n'a rien à voir avec la guimauve écrite à échelle industrielle pour le public féminin d'aujourd'hui.
Dans cet ouvrage en partie autobiographique, au titre original (Of human bondage) plus explicite que sa traduction française, l'auteur, dont les initiales ne sont peut-être pas SM pour rien, pousse son personnage principal, en quête de l'Amour, à s'humilier tant et plus pour les beaux (?) yeux d'une putain de super-garce de Mildred... Et quand il a touché le fond de la piscine et qu'on pense naïvement qu'il va enfin arrêter les frais, hé bien non, il entame une descente jusqu'au sous-sol de ladite piscine!
Je ne vous en dis pas plus...
Servitude humaine : le livre dont on a envie de baffer le "héros"!!!
dimanche 17 mars 2013
AMERICAN TABLOID (et ses deux suites) - James ELLROY
Ha bon, celui-là vous l'avez déjà vu en tête de gondole dans le rayon livres de Mammouth?... Bon, OK, peut-être... Autant pour moi, alors... ou plutôt, au temps pour moi, comme cela doit officiellement s'écrire (mais j'aime pas)...
Mais ça ne veut pas dire pour autant que ce roman est de la gnognotte asceptisée, hein!... Au contraire, c'est même un sacré putain de bouquin!
C'est le premier de la trilogie Underworld USA, et à mon goût le plus abouti... Le second, American dead trip, est le plus déjanté... Quant au dernier, qui a donné son nom à la trilogie, je dirais que c'est le plus littéraire.
Ces trois bouquins (2500 pages au total), j'ai mis cinq mois pour les lire, et après avoir lu le mot fin du troisième, je me suis retrouvé littéralement en manque, à tel point que j'ai cherché sur le net tout ce qui s'y rapportait durant des semaines...
Dire que j'aimais pas trop les polars... Mais ça c'est pas du polar. Du roman noir? Ma foi... Mélange d'histoires de gangsters, de géopolitique et de romans d'espionnage, mêlant des personnages ayant réellement existé et d'autres fictifs (quoi que...), parmi lesquels on trouve trois individus louvoyant entre FBI, mafia et autres puissances occultes, j'ai nommé messieurs Ward Littel, Pete Bondurant et Kemper Boyd, respectivement le Bon, la Brute et le Truand du triptique noir de l'Amérique de James Ellroy!
Le plus dingue dans cette histoire, c'est comment elle montre l'envers du décors du rêve américain des années '60, et notamment comment se sont produits les assassinats des trois progressistes charismatiquissimes mais pas forcément entièrement propres sur eux qu'étaient John Fitzgerald Kennedy, Martin Luther King et Bob Kennedy, ceci d'une façon telle qu'on ne peut plus croire que cela ait pu se passer autrement.
La partie qui m'a le plus ému se trouve dans American dead trip. Elle concerne l'assassinat de Bobby Kennedy, a priori assez méconnu en France puisque occulté par la fin des évènements de mai '68. J'ai bien ressenti qu'il incarnait celui qui aurait pu rendre son âme à l'Amérique si...
A la lecture de l'avancement du complot, j'en venais à me dire : "Pas Bobby... Non, pas lui!" comme si cela aurait pu entraîner une fin alternative au roman... voire à l'Histoire!
Les différentes formes textuelles employées, y compris les messages secrets et les conversations téléphoniques du FBI, amplifient l'impression de se trouver simultanément partout et avec tous tel un pur esprit, surtout avec ceux de l'ombre d'ailleurs, durant les 14 années que couvre cette trilogie. Vous verrez défiler une cinquantaine de personnages, des hommes les plus puissants du monde à d'obscurs troisièmes couteaux, éparpilés en de multiples lieus.
Où l'on mesure à quel point la plus grande démocratie du monde était un pays contrôlé par des fachos de tous poils, dont J. Edgar Hoover, Howard "Dracula" Hugues, et les pontes de la mafia, chacun voulant croquer la plus grosse part possible de ce gâteau étoilé ...
vendredi 1 mars 2013
UN MENTAL DE FOOTBALLEUR ALLEMAND - Jamie CUMINDOR
A vous de voir si vous accrochez à ça :
Résumé :
En 2028, un assemblage de silicium de la taille d’une tête d’épingle répondant au doux nom d’Aura peut-il suppléer un mental aussi solide qu’une pédale de frein contrefaite ?
C’est en tout cas l’idée à laquelle se raccrochent les prénommés Fabien, Lucas et Lara, tandis qu’a contrario, la très accrocheuse Amandine, touchée en plein vol par ce que l’on nomme pudiquement un « accident de la vie », tentera par ses propres moyens de remonter une pente à 80°…
Les chemins méandreux et entremêlés de leurs existences conduiront ces quatre personnages vers la lumière… ou au fond du gouffre !
A propos de ce roman certainement intéressant :
Il s’agit d'abord d’une histoire entre un garçon au caractère de mauviette et une fille à la personnalité plus qu’affirmée, dont le pivot est une puce électronique. Elle oscille entre roman d’amour et nouvelle d’anticipation, entre guide de développement personnel et reportage sportif, entre article sur le monde du travail et polar, entre trash et spiritualité… entre autres. Autrement dit, un mélange de genres… Ou plus précisément de tout ce qui m’inspire, m’intrigue, voire me turlupine.
Cette histoire se déroule à Marseille, et par touches éparses j’ai tenté de restituer à travers elle un peu de l'âme de la ville.
Sous une apparence initiale de légèreté et de divertissement, les thèmes abordés (trouver une motivation après les blessures de l’enfance, surmonter sa culpabilité après avoir commis l’irréparable, chercher un sens métaphysique à la vie après avoir touché le fond…) apporteraient peut-être même quelque bienfait au lecteur, d’autant qu’en bonus il trouvera aussi au détour d’une page un explicatif simple du concept de réincarnation en prenant pour exemple un club de foot…
Ainsi, l’ensemble de feuilles composant ce roman est-il le fruit d’un long travail artisanal, où chaque phrase a été tressée avec amour puis tissée avec les autres pour former la trame de cette histoire.
Maintenant, à vous de jeter un œil sur les premières lignes de ce récit, voire plus si vous sentez que de l’endorphine se libère dans votre cerveau…
Disponible à la vente à ces adresses :
Un mental de footballeur allemand... le livre papier
Un mental de footballeur allemand... l'ebook
UNE RÉPLIQUE PAR TÊTE DE PIPE !
Avec :
FABIEN CARAMEL : « Quand j’étais seul, j’espérais qu’une femme vienne m’embêter, mais quand même pas à ce point… »
AMANDINE BERETA : « Je crois que ce qu’il te faudrait vraiment, c’est une minette de dix-huit ans qui ne pense qu’à faire la fête, ou alors une femme de quarante ans qui aurait besoin de materner un homme plus jeune… »
PROFESSEUR DAVID NESTON : « Si on arrive à le reprogrammer correctement, alors on pourra avoir des résultats positifs avec n’importe qui… »
LUCAS FERNANDEZ : « Je mange un rat si ça marche pas ! »
LARA PETITJEAN « Dit comme ça, ça m’inquiète encore plus. »
Mais aussi :
ALISON : « Pour étaler de la morve sur des vioques, pas besoin d’avoir fait Polytechnique… »
ABDEL HEMDANI : « Avec un parcours pareil, pourquoi voudriez-vous que l’on vous embauche ? »
VANESSA PALPACUER : « Nous ne pouvons pas nous permettre de faire du social ! »
NIELS KOVACEVIC : « La volonté est comme un muscle. Soit on l’a développée soi-même si on est un champion dans l’âme… Soit nous sommes là pour vous épauler… »
ANGELIQUE DA SILVA : « Vous arrivez à penser à une bougie ou c’est trop compliqué pour vous ?! »
PAULINE RANIERI : « On se verra juste à la mi-temps. Où es-tu ? J’ai une folle envie de te faire ce que tu aimes… Tu vois ce que je veux dire ?… »
Ainsi que :
UN VIEUX COMMENTATEUR DE FOOTBALL : « Ç’aurait été frustrant si les allemands se mettaient aujourd’hui à jouer comme des poètes, comme des Goethe du ballon rond… Avec eux on en veut pour notre argent, on veut des grosses Bertha et des Panzers, du Blitzkrieg et de la bataille de tranchées ! »
UN CLIENT DANS UN FAST FOOD : « Une soupe à la limace… Et des sauterelles grillées sauce groseille… »
AURA, PUCE ELECTRONIQUE : « Aide-toi, et Aura t’aidera ! » (extrait d’une vidéo d’entreprise)
Mais surtout :
DIMITRA : « Embrasse-moi ! Voire prends-moi sur le comptoir ! » (traduit du langage des yeux)
« DOLLAR » : « Tu nous fais déranger pour seulement dix euros ?! »
PERIPATETICIENNE 2 : « On va te réchauffer l’esquimau, tu vas voir… »
EVARISTE : « Petit, brun, une bonne bouille… Il est comme je les aime… Tu me gâtes, ma chère… »
INDIVIDU 3 : « On fera juste un peu mieux que la dernière fois, si tu vois ce que je veux dire… Juste t’enfoncer ça là où tu penses… et aussi te briser les genoux, bien sûr, pour être sûr que tu traîneras plus dans nos pattes…
Entre autres…
Et en guise de conclusion :
UN MARCHANT DE LIVRES AMBULANT SUR LE VIEUX PORT :
« Aaaallez, la lecture c’est l’aventure ! »
Extrait 1 : voir post du 19/04/2013 :
http://jamie-cumindor.blogspot.fr/2013/04/un-mental-de-footballeur-allemand-cest.html
Extrait 2 : voir post du 26/04/2013 :
http://jamie-cumindor.blogspot.fr/2013/04/un-mental-de-footballeur-allemand-cest_26.html
Disponible à la vente à ces adresses :
Un mental de footballeur allemand... le livre papier
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